Saturday, 9 June 2012

Géographie politique et Centuries. De la Journées des Barricades à l’Edit d’Union

 

Etudes nostradamiques

Géographie politique et Centuries. De la Journées des Barricades à l’Edit d’Union.

Par Jacques Halbronn

L’historien des textes prophétiques ne peut se permettre d’ignorer les clivages et les enjeux politiques lesquels s’expriment notamment au niveau des lieux d’édition mais aussi des destinataires.

Dans une communication donnée aux journées Verdun Saulnier en 1997 (cf Actes du Colloque), nous avions montré que tel quatrain qui n’était pas encore attesté en 1588 avait été ajouté en raison du contexte politique de la période de la Ligue. Il s’agissait de IV, 46 concernant la « ruine » de Tours. Or, Tours était liée au camp d’Henri de Navarre.

Un critère qui nous semble assez précieux est de suivre la ligne de démarcation des camps en présence, laquelle est d’ailleurs susceptible de changer d’une année sur l’autre, voire d’un mois sur l’autre en période de guerre civile.

On s’intéressera ici plus spécialement à la question de Paris et de Rouen. Si Paris a toujours été, du moins jusqu’en 1593-1594, liée à la Ligue, le cas de Rouen est sensiblement plus délicat à traiter. Or, cette ville voit paraitre au moins deux éditions des Prophéties pendant la période 1588-1589. Et par ailleurs, des différences peuvent être observées entre les éditions centuriques des deux cités que jusqu’à présent nous n’avions pas associées à leur différence de situation sur le terrain politico-militaire.

La question préalable qu’il faut poser est celle du camp auquel Rouen appartenait à l’époque. Le 15 juillet 1588, fut contraint de signer à Rouen avec la Ligue l'Édit d'union, « par lequel il nomme Henri Ier de Guise, dit le Balafré, lieutenant général des armées du royaume et le cardinal de Bourbon l’héritier présomptif du trône sous le nom de Charles « . On possède une « prophétie merveilleuse » signée Crespin adressée à ce Charles X, Bourbon (cf. Benazra, RCN, pp. 127-128), deuxième dans l’ordre de succession après Henri - mais qui, lui, avait l’avantage d’être catholique- et qui était gardé voire séquestré par Henri de Navarre à Chinon – avant de s’en échapper pour rejoindre le camp de la Ligue- par un certain Chavigny qui en était le gouverneur. Nous ignorons les liens qui pouvaient exister entre ce Chavigny et celui du Janus Gallicus..

En ce qui concerne Rouen, on peut dire que cette ville fut le théâtre d’une victoire politique de la Ligue et du duc de Guise. (cf. Henri Pigaillem. Les Guises, Ed Pygmalion, 2012, p. 266) contraignant Henri III à faire des concessions à l’encontre d’Henri de Navarre dont il s’était précédemment rapproché (notamment en se rendant près de Tours), ce qui ne l’empêchera pas à la fin de la dite année 1588 de faire assassiner le dit Duc, à Blois. Henri III sera lui-même assassiné à Saint Cloud l’année suivante.

C’est dire que Rouen est devenu, en cette année 1588, le symbole de la poussée en avant de la Ligue, succès qui fait pendant à la journée parisienne des Barricades qui avait déjà été le théâtre d’une première victoire psychologique du Guise. On comprend mieux que le quatrain narguant Tours apparaisse alors, au sein de la Ive Centurie mais cela témoigne aussi du fait que certaines éditions ne dépassaient pas les 4 centuries, puisque de telles additions ne s’effectuent qu’à la fin de la dernière centurie.

Bien évidemment, pour ceux qui soutiennent encore, parmi les nostradamologues, que les dix centuries étaient déjà parues au plus tard en 1568, de telles considérations ne sont pas d’un grand intérêt si ce n’est éventuellement pour expliquer que certains quatrains ou certaines centuries aient pu disparaitre entre temps.

Mais pourquoi serait-on revenu en 1588 à telle édition à moins de 400 quatrains (Rouen Raphaël du Petit Val, 1588) ou pourquoi aurait-on pris la peine d’indiquer dans les éditions parisiennes de 1588 que l’on avait ajouté des quatrains au-delà du 353 éme si des éditions à 7 centuries étaient parues en 1557 et 1568, qui ne mentionnaient même pas une telle chose ? Ajoutons que comme ces diverses éditions ne sont pas accompagnées de commentaires, on n’arrive guère à en comprendre la fonction sous la Ligue si ce n’est pas un processus de suppression ou d’addition de quatrains. Mais à notre connaissance, aucun partisan de la suppression de quatrains sous la Ligue ne nous a expliqué, à ce jour, dans quel sens une telle suppression ou/et une telle réapparition s’étaient produites. On pourrait éventuellement songer que tel quatrain serait ressorti parce qu’il faisait écho à certains événements. Mais nous préférons la thèse de la fabrication du dit quatrain pour la circonstance évoquée.

C’est d’ailleurs l’occasion de réfléchir sur ce qui distingue les éditions parisiennes des éditions rouennaises, étant entendu que les deux villes concernées sont sous influence ligueuse, au cours des années 1588-1589 avec notamment l’axe Journée des Barricades-Edit d’Union.

Visiblement, l’édition de Rouen 1589, parue comme celle de 1588, chez Raphaël du Petit Val- du moins si l’on doit se fier aux indications de page de titre, est sensiblement plus « achevée » que les éditions parisiennes qui ne comportent même pas la centurie VII telle qu’elle nous est connue dans le canon centurique antérieur (ou antidaté) ou postérieur, à ces années. Il est plus que probable, cependant, que la dite édition de Rouen ne comportait pas « encore » 40 quatrains à la VIIe centurie, si l’on en croit l’édition d’Anvers (1590) qui en est très proche par le titre : Grandes et Merveilleuses Prédictions . En effet, le seul exemplaire de cette édition rouennaise nous est parvenu matériellement incomplet. Mais justement, la dite édition de Rouen n’a pas le même titre que les éditions parisiennes, d’un côté des « Prédictions », de l’autre, à Paris, des «Prophéties » pour un contenu à peu près équivalent, notamment du fait de la Préface à César et de l’absence du second volet complètement absent ici tout comme l’Epitre à Henri II datée de 1558.

Pour notre part, nous pensons que ce titre Grandes et Merveilleuses Prédictions est le plus ancien, ce que vient confirmer l’état particulièrement archaïque de l’édition rouennaise de 1588, qui n’est même pas divisée en centuries, en dépit de son titre (cf. Daniel Ruzo, Le testament de Nostradamus, Le Rocher, 1982). Il y a d’ailleurs là comme un paradoxe : autant l’édition rouennaise de 1589 est moderne, autant l’édition rouennaise de 1588 est, en quelque sorte, antique, alors même qu’elles portent le même titre principal.

Ne peut-on penser y voir la tentative de conférer aux éditions parisiennes une patine en les présentant sous un titre antérieurement attesté ? Est-on même certain que l’édition de Rouen 1589 est bien parue en cette année là ? Seul l’examen des pages manquantes permettrait de conclure mais cela ne semble pas ressortir du champ du possible.

En tout état de cause, cette tentative aura fait long feu puisque seule l’édition d’Anvers a adopté un tel titre. C’est le titre parisien qui aura fini par l’emporter à telle enseigne que c’est sous ce titre « Prophéties » que paraitront toutes les éditions antidatées connues et que la vignette parisienne d’un personnage en son étude,(cf. l’édition Veuve Nicolas Roffet) sera également reprise dans les éditions antidatées 1555-1557 alors que la série Grandes et Merveilleuses Prédictions ne comporte pas de vignette empruntée au corpus nostradamique ou pseudo/néo nostradamique

Au premier abord, l’édition Rouen 1589 serait la première édition connue comportant probablement plus d’une trentaine de quatrains de la VIIe centurie canonique si ce n’est qu’il faudrait la lire par le biais de l’édition d’Anvers 1590 à 35 quatrains à la VII et s’intéresser aux cinq quatrains qui seront ajoutés par la suite et qui sont censés être particulièrement d’actualité, à l’époque, tout comme on avait pu le remarquer pour les quatrains manquants de l’édition de Rouen 1588.

Les quatrains manquants dans l’édition de François de Sainct Jaure Anvers 1590 sont 3, 4, 8, 20, 22, mais nous ne percevons pas, avouons-le- leur possibilité d’impact. En revanche, d’autres quatrains de la VII sont beaucoup plus en prise avec les événements, juste après, comme le quatrain 24 dont le dernier vers est on ne peut plus frappant :

« Grand de Lorraine par le Marquis du Pont ». On doit lire « Pont à Mousson ». Il s’agit du titre du fils du Duc de Lorraine. Or, les Lorrains ont des prétentions sur la succession d’Henri III. Voilà bien un quatrain qui n’a pu être confectionné, en tout cas sous sa forme connue, que sous la Ligue alors qu’il figure dans les éditions de 1557, ce qui devrait éveiller plus d’un soupçon.

A ce propos, rappelons que nous pensons avoir retrouvé le scénario utilisé pour choisir les éditeurs censés avoir publié les Centuries dans les années 1550-1560. Les faussaires auraient pris comme modèle l’édition parisienne de 1556 d’Olivier de Harsy de l’ Excellent & moult utile Opuscule à touts necessaire, qui desirent avoir cognoissance de plusieurs exquises Receptes, divisé en deux parties. La premiere traicte de diverses façons de Fardemens & Senteurs pour illustrer & embellir la face. La seconde nous monstre la façon & maniere de faire confitures de plusieurs sortes, tant en miel, que succre, & vin cuict, le tout mis par chapitres, comme est fait ample mention en la Table. Nouvellement composé . Ils lui auraient attribué pour la même année une édition des Prophéties. Et comme l’ouvrage- par ailleurs traduit en allemand - sera réédité, de façon posthume, par Benoist Rigaud en 1572, ils attribueront au même Rigaud une réédition posthume des Prophéties, datée de 1568. On notera qu’à l’instar des Prophéties, on a affaire avec l’Opuscule à un ouvrage à deux volets.

L’édition d’Anvers, ville contrôlée par les Espagnols, et probablement celle de Rouen 1589 se termine par une référence à une édition de 1555, ce qui trahit déjà des objectifs d’antidatation mais à 7 et non à 4 centuries.

Ajoutons que cette édition d’Anvers ne comporte que 99 quatrains à la VI. Mais là encore l’exemplaire de Rouen s’arrêtant au quatrain 96 de la VI ne nous renseigne guère sur ce point pas plus que sur la présence d’un avertissement latin placé entre la Vie et la VIIe centuries. Etrangement, l’édition Antoine du Rosne à 7 centuries et 42 quatrains comporte cet avertissement latin alors que celle censée être parue chez le même, mais à 40 quatrains ne le comprend pas, pas plus que le quatrain 100 d’ailleurs de la Vie centurie. Qu’est donc devenu le 100e quatrain qui en fait devait être le dernier quatrain d’une édition à six centuries se terminant par l’avertissement latin ? Pourquoi ne l’a-t-on pas remplacé ou retrouvé ? En fait, ce quatrain figure bel et bien dans le Janus Gallicus de Chavigny qui eut probablement accés à une édition disparue depuis et qui devait être le chainon manquant entre l’édition parisienne et l’édition rouennaise de 1589 qui était déjà une édition augmentée mais sans que cette addition ne prenne immédiatement le nom de septième centurie. (d’où le sous titre des éditions parisiennes évoquant un supplément de 38 et de 39 « articles »). Nous avons déjà signalé qu’un des problèmes de la bibliographie nostradamique tient au fait que les titres ne correspondent pas au contenu. C’est ainsi que l’édition rouennaise de 1588 se dit divisée en 4 centuries alors que son contenu ne comprend pas une telle division. De même, on l’a vu, les éditions parisiennes ne comportent pas de septième centurie mais annoncent celle-ci en leur sous-titre. On a l’impression que des éditions anciennes sont ainsi vendues sous des pages de titre d’éditions plus tardives, ce qui trompe le lecteur. Or, dans bien des cas, l’on ne retrouve plus les éditions de référence mais seulement celles qui leur ont emprunté le titre. On peut penser que les vraies premières éditions à six centuries avec addition à la dernière comportaient bien 100 quatrains à la VI. Elles n’ont pas été retrouvées pas plus que celles ne comportant que Six centuries sans addition.

Le piège dans ce type de travail serait de construire une chronologie en ne considérant que les éditions conservées et sans tenir compte d’un certain nombre de pistes. Nous allons donc, à présent, aborder à nouveau le sujet des éditions Paris-Rouen-Anvers en recourant à une autre méthodologie.

Premièrement, on rappellera que l’on ne sait rien du contenu de la centurie VII dans l’édition Rouen 1589 et pas même des derniers quatrains de sa Centurie VII. On ne sait donc pas ce qui a été ajouté dans l’édition Anvers 1590 mais uniquement ce qui y manque par rapport à des éditions ultérieures.

Deuxièmement, le titre des éditions parisiennes en rapport avec 38 (édition antidatée 1561 Veuve N. Buffet (cf. catalogue Scheler) et 39 article ajoutés à la « dernière centurie » ne correspond pas à leur contenu. Mais on ne peut s’empêcher de penser que cette addition initiale (à une centurie Vie ne dépassant pas un peu plus de 70 quatrains, au vu du contenu connu des dites éditions parisiennes) a du être de 12 quatrains seulement puisque nous savons que ceux-ci sont bel et bien empruntés à ceux de l’almanach pour 1561, pour conférer à l’ensemble un certain cachet d’authenticité.

Troisièmement, si ces éditions parisiennes affichent un supplément de 38/39 articles, c’est qu’elles ont bien du à un moment correspondre à un tel intitulé, sous une forme qui ne nous est point parvenue et qui est plus « complète » même que l’édition d’Anvers à 35 quatrains seulement à la VII, ce qui situerait la totalité de ces éditions parisiennes, toutes ainsi pourvues en leur titre sinon en leur contenu- au plus tôt en 1590, venant s’intercaler juste avant l’édition de Cahors 1590, qui porte bel et bien le nom de Prophéties et non pas de Grandes et Merveilleuses Prédictions. Cette édition de Cahors, qui a abandonné la référence aux 39 articles pour 1561 ferait ainsi immédiatement suite aux éditions parisiennes manquantes tout comme l’édition d’Anvers ferait suite à l’édition de Rouen tronquée...

Quatrièmement, on ignore si le quatrain VII, 24 signalé plus haut se trouvait déjà dans l’édition Rouen 1589, l’on sait seulement qu’il figure dans l’édition Anvers Saint Jaure. On sait aussi que les derniers quatrains Anvers de la VIIe centurie semblent liés au siège naval de la ville (cf. notre étude à ce sujet) et qu’ils ont été intégrés dans le « canon » centurique à 40 quatrains à la VII tel qu’il est attesté par l’édition Cahors mais aussi par l’édition antidatée Antoine du Rosne 1557 (Bibl. Budapest) à 40 quatrains à la VII.

Que conclure ? Que des éditions parisiennes dont on a gardé la page de titre mais pas le contenu sont postérieures à l’édition Anvers 1590. Qu’elles sont de peu antidatées dès lors qu’elles portent les mentions 1588 ou 1589. (par exemple Ed/ Charles Roger) mais ce peu fait sens quand il s’agit de laisser croire qu’elles ont annoncé certaines choses à l’avance et non pas après coup.

Ce qui frappe dans les éditions de Rouen et d’Anvers, si on les compare cette fois au contenu des éditions parisiennes en faisant abstraction de leur titre, c’est qu’elles sont toilettées. Autrement dit, elles ne comportent pas de mention explicite d’une addition au-delà du 53e quatrain de la IV comme le font les dites éditions parisiennes. On peut donc dire qu’elles correspondent à un état relativement avancé des éditions parisiennes (perdues) où ce toilettage a eu lieu et dont nous avons la copie légèrement augmentée d’un quatrain à la VII, dans l’édition Cahors (premier volet). En fait, ces deux éditions Rouen 1589 et Anvers 1590 nous renseignent sur la genèse des éditions parisiennes en ce qui concerne notamment la formation progressive de la centurie VII à 40 quatrains sans cependant qu’il ait été impossible que l’édition Anvers 1590 n’ait ajouté quelques quatrains de son cru à la fin de la VII. Mais le passage de 35 à 38, puis 39 quatrains semble devoir être le fait d’éditions parisiennes disparues s’intercalant entre Anvers 1590 et Cahors 1590.

On notera le cas remarquable de certaines éditions parisiennes qui sont datées de 1561, non seulement en référence à cette année dans leur sous titre, mais de par cette mention avec le lieu d’édition et par la mention du libraire. C’est notamment le cas de l’édition Veuve Buffet qui était active dans les années 1560, dont l’existence ne nous est connue que depuis peu. (2010). Quant à l’édition Veuve Nicolas Roffet, elle se référerait explicitement en sa page de titre à un original daté de 1557, comme l’a montré Patrice Guinard, ce qui est déjà une façon de mettre en orbite une édition antidatée pour cette année là (type Antoine du Rosne). On voit donc déjà à l’œuvre un processus parallèle d’antidatation, de rétro-datation qui est à rapprocher du colophon de l’édition Anvers qui elle pointe sur 1555. Cela dit, les deux éditions Antoine du Rosne 1557 diffèrent à bien des égards, ce qui rend leur publication en cette même année des plus improbables d’autant que l’exemplaire de la Bibliothèque d’Utrecht comporte 42 quatrains et non 40, soit davantage que l’édition Cahors 1590. Ajoutons que cette édition, calquée selon nous sur la dite édition Cahors mais la prolongeant est très vraisemblablement parue avec un second volet, disparu mais dont on a la trace dans la page de titre du premier volet.

Avec l’exemplaire Buffet (Catalogue Scheler, depuis vendu à quelque collectionneur privé ou public), on franchit un pas supplémentaire en recourant, comme on le fera pour Macé Bonhomme (1555), Olivier Harsy (1556) ou Antoine du Rosne (1557), à des libraires de l’époque concernée qui se voient recyclés. Et cette fois, ce sont ces éditions parisiennes ou lyonnaises antidatées qui permettent de combler les vides des éditions parisiennes manquantes. Cela dit, l’édition Buffet à 38 quatrains à la VII pour 1561 est en porte à faux avec les éditions Antoine du Rosne 1557 à 40 quatrains. Mais rappelons que le contenu de la dite édition Buffet ne comporte aucunement ces 38 quatrains pas plus que ne le font les éditions parisiennes affichant au titre 39 articles. Il est probable qu’il ait existé une fausse édition Buffet à 38 quatrains, qui a disparu et dont on ne dispose plus que de la page de titre. Que s’est-il passé ? Nous pensons que la meilleure explication est la suivante : un libraire disposant d’anciens stocks correspondant à l’addition des quatrains de l’almanach pour 1561, aura jugé bon de se servir de la page de titre de la fausse édition Buffet pour les écouler. Or, la vraie fausse édition Buffet à 38 articles a été perdue et il ne nous reste qu’une fausse fausse édition Buffet non conforme au titre, si ce n’est pour la mention de l’an 1561 qui elle-même aura été conservée maladroitement quand on a remplacé les quatrains 1561 par d’autres, en plus grand nombre.

On aura compris que le travail de reconstitution bibliographique de la production parisienne de la Ligue n’a pu s’opérer qu’en prenant en compte tous les éléments du corpus : éditions de Rouen et Anvers, éditions antidatées, pages de titre non conformes au contenu etc.

Quant au second volet des centuries, il est totalement absent du corpus des éditions ligueuses alors que l’on nous dit qu’il était déjà paru en 1568 voire du vivant de Nostradamus. Il ne semble pas, en réalité, qu’il soit paru avant 1594 ou au plus tôt en 1593, ce qu’attestent d’ailleurs les quatrains du second volet commentés dans le Janus Gallicus. Selon nous, c’est l’édition de Cahors qui serait à l’origine des éditions 1568, ce qui ressort notamment de l’épitre à Henri II (cf. nos travaux à ce sujet) La date de 1590 qui figure sur l’édition Jaques Rousseau Cahors ne concerne en fait que le premier volet. Le second volet Cahors ne saurait être antérieur à 1593, notamment en raison du quatrain IX, 86 relatif à Chartres.

C’est l’occasion, pour conclure, de signaler notre travail sur un autre corpus, celui connu sous le nom d’Aureum Vellus. On se perd en conjectures. On a bien ce titre (en 1598, en Suisse alémanique, dont la partie occidentale est frontalière avec la France, notamment Bâle) mais le contenu ne s’y réfère pas, il en a été en fait éradiqué. Etant donné que la Toison d’Or, puisque telle est la traduction de la forme latine est associée à certains pays, dont notamment, à l’époque, depuis la mort de Charles Quint, à l’Espagne, l’on peut penser que la fin de l’implication de l’Espagne dans les affaires du royaume de France a pu influer sur une telle censure. On n’exclut pas que cet ouvrage alchimique ait été initialement dédié à quelque personnage lié à l’Espagne et que l’on aura ainsi voulu honorer. Ce qui expliquerait pourquoi on n’en connait – fait rarissime- que des éditions sans épitre. A ce propos, ne peut-on s’étonner que le second volet des éditions centuriques censé être paru en 1568 ne mentionne pas en son titre qu’il est dédié au roi Henri II, comme cela avait été le cas pour les Présages Merveilleux pour 1557 qui lui avaient servi de modèle ?

JHB

09. 06. 12

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