Sunday, 3 June 2012

La première biographie de Nostradamus

 

Etudes nostradamiques

La première biographie de Nostradamus.

par Jacques Halbronn

A examiner le corpus centurique, on a parfois l'impression que Nostradamus n'est jamais mort. C'est ainsi que les éditions datées de 1568 n'indiquent aucunement qu'il est décédé deux ans plus tôt et on y trouve aucun développement nécrologique. Nous pensons que cela tient au fait que ces éditions n'étaient en fait que des rééditions d'une édition censée parue du vivant de Nostradamus, laquelle édition ne nous a pas été conservée. Elle devait constituer très vraisemblablement le second volet de l'édition censée parue à Lyon, chez Antoine du Rosne et dont la Bibliothèque de l'Université d'Utrecht n'a conservé que le premier volet daté de 1557.

Le probléme, c'est que si le second volet paraissait alors, il contenait l'Epitre à Henri II datée de 1558. Comment se fait-il dans ce cas que l'édition de 1557 du premier volet annonce déjà le second volet en son titre? Il y a là une évidente maladresse de la part des faussaires préposées à l'antidatation. En effet, si l'on compare les exemplaires des bibliothèques de Budapest et d'Utrecht, on note que le titre diffère en ce que dans le second cas, l'on annonce un supplément qui correspond en fait au second volet. C'est d'ailleurs la même page de titre que celle des rééditions datées de 1568. Pour ceux qui contestent l'existence d'une édition du second volet datée d'avant la mort de Nostradamus - mais rappelons qu'il s'agit là de chronologie fictives- il faudrait donc qu'ils nous expliquent l'absence de mention de la mort de Nostradamus en 1566 et la signification de la mention au titre de l'exemplaire d'Utrecht.

En fait, il aura fallu attendre 1594 et le Janus Gallicus pour que le lecteur des Centuries se voit présenter une vie de Nostradamus. En revanche, si l'on sort de la production propre au canon centurique, l'on trouve à la mort de Nostradamus des textes qui la signalent bel et bien.(cf Benazra, RCN, p. 90).

C'est d'ailleurs dans un document sans aucune référence aux Centuries que l'on trouve la première esquisse, à notre connaissance, d'une biographie mais ce document ne nous est connu qu'en allemand et est dû à l'auteur d'une épitre à Chrétienne de Danemark.( 1521-1590)[1] donc rien à voir avec la fameuse Christine de Suéde

En 1572 – mais une réédition date de 1589 (Augsbourg, Georgen Willer, (imprimé par Michael Manger), 1589)- était ainsi paru un Michaelis Nostradami (…) philosophi, astrologi und Medici (…) Zwey Bücher (…) erstlich in franzosischer Sprach (…) beschrieben . Nun aber (…) in das gemein Teutsch (..) verdolmetscht durch Hieremiam Martium »

C’est la traduction en allemand (cf. exemplaire de la Maison Nostradamus, en ligne, sur e-corpus.org) par Hieremias Mertz d’un ouvrage reparu en cette même année 1572 à Lyon chez Benoist Rigaud, l’Excellent et très utile opuscule (..) de plusieurs receptes divisé en deux parties » antérieurement paru (s.d.) à Poitiers (cote Arsenal 8°S 2591 ) on en connait une édition datant de 1555, à Lyon, chez Antoine Volant (Cote Arsenal 8° S 2590) et une autre chez Olivier d’Harsy en 1556 (Cote Arsenal 8° S 2592) dont le successeur Antoine de Harsy publiera Dariot, dans les années 1580. On notera que la succession des éditions de l’ Opuscule a pu inspirer la fausse chronologie des Centuries pour les années 1550 : on retrouve 1555 mais aussi 1556, car Olivier de Harsy, selon P Guinard, aurait été crédité d’une édition à 7 centuries, reprise, toujours selon cette fiction, par Antoine du Rosne en 1557. [1]

Il s’agit, avec cette épitre, d’après ce que nous connaissons, du tout premier essai biographique, certes fort insuffisant [2]– on trouve d’ailleurs dans le corps de l’Opuscule des données (autobiographiques) - fournies par Nostradamus lui-même (dès 1552, date de la première parution)- au sujet de Michel de Nostredame, mort en 1566, plus de vingt ans avant le « Brief Discours de la Vie de Nostradamus », placé en tête du Janus Gallicus de 1594. Ce point ne semble pas été signalé par les bibliographes et biographes du dossier Nostradamus (cf. notamment la présentation du fac simile de l’édition Volant 1555 par M. Chomarat, Lyon, 2008 et P. Guinard, Corpus Nostradamus n°9), probablement du fait de la méconnaissance de l’allemand . Nous avions pourtant signalé ce point dès 2003 « Contribution aux recherches biographiques sur Michel de Nostredame, Analyse 16 sur le site de ramkat.free.fr). Cette épitre mériterait d’être traduite d’allemand en français car elle fait partie intégrante de la documentation relative à Nostradamus.. Cela vient confirmer le fait que la gloire de Nostradamus, avant les années 1580, était fondée sur des activités proprement astrologiques mais aussi médicales impliquant des préparations. Il semble que ce soit un certain art de préparer des produits – dans le cas de Nostradamus, des fardements, des parfums, (première partie) des confitures (seconde partie), qui ait fait la réputation des médecins français, à la fin du XVIe siècle et au delà, notamment en pays d’expression allemande. On pense à un Claude Dariot dont les Discours sur la préparation des médicaments furent traduits en allemand au début du XVIIe siècle.(1614)

Il est remarquable que les bibliographes de Nostradamus comme Chomarat et Benazra n'aient pas signalé le contenu biographique de cette édition allemande. On se demandera pourquoi les éditions françaises datées de 1572 du même ouvrage ne mentionnent pas la mort de Nostradamus en leur titre. Cela tient encore une fois au fait que ce ne sont là que des rééditions- mais cette fois c'est véridique- d'ouvrages parus du vivant de Nostradamus. On y trouve d'ailleurs une épitre de Nostradamus.

La question qui reste posée est celle de l'origine des informations biographiques contenues dans l'Epître à Chrétienne de Danemark. Il se pourrait bien qu'elles émanent d'un document en français qui se serait perdu. Cela pose aussi la question de la genése du Discours sur la Vie de Nostradamus qui figure en tête du Janus Gallicus (1594) et dont on ne connait pas d'antécédent. Il est fort probable que ce Discours ait circulé bien plus tôt, que ce soit comme imprimé ou comme manuscrit et donc ait servi dès 1572 pour l'Epitre de Mertz. Ce qui nous raméne au débat sur Jean de Chevigny/Jean Aymes de Chavigny et à l’éventualité que le second ait récupéré les travaux du premier.

Il n’est pas indifférent que le libraire lyonnais Benoist Rigaud ait publié cette réédition de 1572 de l’Excellent et tres utile opuscule ( ..) composé par maistre Michel Nostradamus ». Cela pourrait expliquer pourquoi on lui fit rééditer parallélement les Prophéties censées êtres parues chez Antoine du Rosne, vers 1558 mais aussi vraisemblablement[2]. chez Olivier d’Harsy (qui aurait publié une édition du premier volet des Prophéties[3]) vu que ce dernier libraire parisien avait publié en 1557 le dit Opuscule. On a là un binôme [ Olivier d’Harsy-Benoist Rigaud] transposé de l’édition d’un ouvrage réellement paru sur celle d’un ouvrage antidaté...

JHB

03. 06. 12


[1] Cf sa notice sur wikipedia

[2] cura.free.fr/dico3/603A-TFC-bib.html

[3] Cf Jean Charles de Fontbrune qui signale cette édition Harsy 1557 dès 2006 dans sa bibliographie in 1555-2025. 470 ans d'histoire prédits par Nostradamus. Ed? Privat?

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