Friday, 6 April 2012

La place des éditions Macé Bonhomme dans la chronologie des éditions centuriques

 

46 - La place des éditions Macé Bonhomme dans la chronologie des éditions centuriques

Par Jacques Halbronn

Si l’on part des récentes observations de Mario Gregorio au sujet des liens existants entre les éditions Macé Bonhomme et l’édition de Rouen 1589, chez Raphaël du Petit Val, cela nous éclaire sur la date de fabrication des dites éditions mais nos conclusions sont loin de coïncider avec celles de notre ami Italien.

En effet, on ne peut ignorer que les éditions parisiennes de la Ligue correspondent à des états antérieurs à celui de Rouen 1589, notamment en ce qui concerne la centurie IV. Dans les éditions parisiennes (1588-1589), il est indiqué qu’on a ajouté des quatrains après le 53e. Cette mention a disparu dans Rouen 1589.

On ne peut pas non plus négliger le fait que l’édition Rouen 1588, chez le même libraire, qui ne nous est connue que par une description de Daniel Ruzo, ne comporte que 349 quatrains (non classés en centuries par ailleurs), elle correspond donc à un état antérieur à Macé Bonhomme 1555.

En outre, les éditions Macé Bonhomme comportent toute une série de mots intégralement en capitales (majuscules), ce qui n’est pas le cas de Rouen Petit Val 1589 (dont nous disposons d’un exemplaire fourni par Mario Gregorio) Cette pratique de l’usage de majuscules n’est pas non plus attestée dans l’édition Antoine Du Rosne (Bib. Budapest), elle existe en revanche dans l’autre édition Du Rosne (Bib. Utrecht), plus tardive et comportant un second volet (disparu mais annoncé au titre).

Cette pratique des majuscules est caractéristique du Janus Gallicus (1594) et il semble que Gregorio n’ait tenu aucun compte de ce critère qui peut servir au niveau de l’établissement d’une chronologie des éditions.

On pourrait certes nous objecter qu’on ne voit pas l’intérêt de produire à la fin du XVIe siècle une édition qui ne comporterait que 353 quatrains en 4 centuries alors que paraissent, depuis 1588, au plus tard, des éditions à 6 ou 7 centuries, pour ne pas parler des centuries VIII à X, à Paris, Rouen, Anvers et Cahors.(édition qui selon nous est la matrice des éditions Benoist Rigaud 1568, cf. nos études sur le site propheties.it)

Notons que ces éditions Macé Bonhomme 1555, bien que distribuées en 4 centuries, ne comportent même pas en leur titre « divisées en 4 centuries » alors que ce titre a existé puisqu’il est repris par Petit Val 1588. Ajoutons que tout indique que la première édition n’était pas divisée en centuries à la différence des éditions Macé Bonhomme 1555, et qu’elle comportait 349 et non 353 quatrains (cf. la description Ruzo reprise par R. Benazra, RCN). La page de titre des éditons Macé Bonhomme ne correspond donc pas à leur contenu, du fait qu’elle ne précise pas une division en centuries. Ce genre de bévue se conçoit de la part d’éditions tardives qui ne sont pas au fait de tous ces éléments et c’est justement le cas. On aura voulu faire du « faux ancien, c'est-à-dire établir un premier état d’édition centurique mais on l’a fait maladroitement et sans imaginer que certaines éditions permettraient de montrer les lacunes d’une telle entreprise. Il faut bien comprendre que la dite entreprise rétrospective ne se souciait que très relativement de vraisemblance historique. On a ici affaire à des pseudo-savants, à des pseudo-érudits s’adressant à un public bien incapable de critiquer une telle reconstitution. Ce qui est regrettable c’est que de nos jours, alors que nous disposons des moyens pour le faire, nous ne le faisions pas avec toute la rigueur voulue, ce qui ne peut que discréditer les études nostradamologiques.

On ne saurait en effet sous estimer l’importance accordée dans les années 1580-1590 à une certaine mise en scène du passé, ce qui va jusqu’à situer les dites éditions du vivant même de Nostradamus. Le rôle du faussaire ne se réduit pas, en effet, à parler au nom de Nostradamus en lui attribuant des textes qui ne sont pas de sa plume mais il lui faut aussi abandonner la thèse posthume – documents retrouvés à sa mort- par une thèse impliquant une parution avant sa mort, s’étalant à partir de 1555 et allant jusqu’à 1560 (cf. les sous titres des éditions parisiennes « pour l’an 1561 », addition de 38/39 articles)

La tentation était donc forte pour crédibiliser une telle entreprise rétroactive de suggérer que le corpus centurique s’était constitué en une série d’éditions du vivant même de Nostradamus, à 4 puis à 7 centuries (sans parler de probables éditions intermédiaires à 6 centuries). Chronologie d’ailleurs assez proche de la genèse véritable du corpus mais simplement déplacée, transférée dans le temps, d’une trentaine d’années en arrière. Bien entendu, il n’était pas question de réaliser autant d’éditions antidatées qu’il y avait eu de stades pour la fabrication d’édifiions successives. Et c’est là que le bât blesse. ! On dut se contenter de quelques cas parmi tant d’autres : une édition à 353 quatrains, une édition à 7 centuries (mais à 99 quatrains seulement à la VI) et 40 quatrains à la VII et une autre à 42 quatrains à laVII mais accompagnée d’un second volet (sinon les deux éditions eussent fait double emploi) et que l’on connait par la réédition de 1568 ( Lyon Benoist Rigaud) qui n’est pas posthume en sa présentation et qui n’est qu’une réédition de Antoine du Rosne 1557 (Utrecht, à deux volets) : on ne signale même pas la mort (1566) de Nostradamus au titre ! une nouvelle tentative aura lieu vers 1716 avec la fabrication d’une édition 1566 Pierre Rigaud qui elle comporte cette dimension posthume avec la reproduction de la pierre tombale.

Pour conclure, nous dirons que l’édition Petit Val 1589 est tardive, elle est à 7 centuries, mais comme elle est tronquée, on ne connait pas le nombre de quatrains à la VII, probablement intérieur à 40 comme semble l’indiquer l’édition St Jaure Anvers 1590, à 35 quatrains seulement à la VII, ce qui fait d’elle un état antérieur à Antoine du Rosne 1557 (Budapest, à 40 quatrains à la VII).En tout état de cause et c’est ce que Mario Gregorio se refuse présentement à admettre, l’édition Macé Bonhomme ne peut qu’être issue de Petit Val 1589 et certainement pas en être à l’origine. Elle appartient à un chantier de contrefaçons antidatées – c'est-à-dire ne comportant pas la date réelle de fabrication à la différence des éditions de Rouen et de Paris, avec mention de libraires de la période de la Ligue- qu’il faut situer dans le cours des années 1590 et dont les liens avec Jean Aimé de Chavigny (Janus Gallicus 1594) nous semblent fort probables du fait du recours à des mots en capitales dont la raison d’être mérite une étude en soi. Reconnaissons que peu de chercheurs sont en mesure de se retrouver dans le labyrinthe des éditions centuriques des XVI et XVIIe siècles. Un dernier mot sur l’édition lyonnaise Antoine Besson (c 1691). Contrairement à ce qu’affirme Mario Gregorio, il ne s’agit nullement, en ce qui concerne les épitres, de versions abrégée des textes en prose mais au contraire des premiers états avant que des interpolations n’aient été effectuées, ce qui situe les éditions Macé Bonhomme 1555, quant au contenu de la Préface à César, dans la série des contrefaçons, à un stade relativement tardif. Rappelons que l’édition anglaise de Théophile de Garencières (1672) recoupe très largement la Préface à César reprise dans la dite édition Besson et est issue d’une édition française disparue.

JHB

04. 04.12

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